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mardi 12 mai 2015

Rhum Neisson suite...


 

Pour faire du bon rhum, il faut de bonnes cannes, plantées sur une bonne terre.
 Ces deux éléments se retrouvent dans les arômes primaires du rhum que les professionnels savent reconnaître.
A ces deux facteurs, Grégory Vernant porte une attention toute particulière. Les terres du plateau Godinot sont un terroir volcanique aux pieds de la Pelée. Cette terre noire, légère, fertile représente 50% des surfaces cultivées les autres 50% sont au Carbet et constitue le domaine la Thieubert. Sur ce plateau est plantée notamment une variété appréciée par Neisson, la canne bleue.

La belle terre volcanique
Les plantations sont refaites en moyenne tous les six ans. J'ai eu la chance de visiter les lieux alors que des parcelles étaient en cours de replantation.
Les cannes servant à la replantation sont récoltées à la main, et ensuite débitées en tronçons de trente à quarante centimètres mis en terre dans des sillons préparés à l'avance. Ces tronçons vont germer et donner des cannes qui feront l'objet de récoltes annuelles durant six à sept ans. 
Parcelle du plateau Godinot dont la canne est réservée au bouturage des nouvelles plantations.
En arrière plan la Montagne pelée.
Canne coupée en attente d'être ramassée.

Les coupeurs de canne viennent de l'ile voisine, Sainte Lucie. Ils sont six à faire la saison chez Neisson. 

Quand la canne est coupée à la main, des éleveurs viennent récupérer les tiges vertes comme fourrage pour leur bétail.

Pour obtenir de bons rendements à l'hectare et des cannes bien sucrées, sont mises en oeuvre des techniques modernes de plantation notamment la fertirrigation. C'est une technique agricole consistant à appliquer des éléments fertilisants (engrais) solubles par l'intermédiaire d'un système d'irrigation. Cette technique est rendue possible par le système de goutte à goutte enterré.

Sur cette image , au premier plan on distingue un tuyau enterré qui servira au goutte à goutte pour la fertirrigation


Pour plus d'efficacité, Grégory Vernant opère de nombreuses analyses de sol qui sont des aides à la fertilisation de la culture. Ces analyses régulières permettent de suivre l'évolution de la fertilité de chaque parcelle et de réajuster les correcteurs de sol et la fertilisation minérale et organique selon les besoins de la canne.
 En bref ces analyses combinées avec des ajouts d'engrais calibrés permettent d'établir un plan de fertilisation optimal en valorisant au mieux les ressources du sol et aboutissent à une agriculture raisonnée ( pas de gaspillage d'eau, ni d'excès d'engrais). Ces cannes ainsi cultivées vont signer les arômes primaires du rhum Neisson.
A partir de ces cannes, le jus exprimé sera mis en fermentation pour être distillé. Cette fermentation selon les professionnels  de la chimie et de la biologie alcoolique, donnera les arômes secondaires du rhum que là aussi les professionnels de la dégustation sauront détecter.

 Sur cet aspect Neisson est à la pointe afin d'imprimer encore sa signature aromatique. Grâce à un laboratoire de Bordeaux, les levures originaires du terroir ont été prélevées. Sur la dizaine de souches retenues, deux ont été sélectionnées. Elles servent à ensemencer les cuves de fermentation qui  durera jusqu'à 96 heures. Ces levures donnent une mousse fine qui colle aux parois des cuves. Grégory Vernant m'a montré cette mousse avec fierté, car signe de l'obtention d'un vin répondant aux critères qu'il s'est fixés.

Les autres arômes du rhum , les tertiaires et les quaternaires, sont donnés par les colonnes à distiller et le vieillissement en fûts de chêne. Dans mon billet sur le Simon je vous ai montré comment chaque colonne à distiller donnait un rhum différent, et dans mon billet sur HSE, comment le rhum vieux pouvait être typé par les pratiques de  vieillissement mises en oeuvre par les maîtres de chaix .

Ici à la Thieubert, j'ai découvert en la personne de Grégory Vernant un expert qui ne cesse avec exigence de mettre au point les meilleurs process à tous les stades qui mènent de la canne au rhum, tout en gardant la ligne aromatique des ZEPOL KARE et dans le respect scrupuleux des contraintes règlementaires de l'AOC.

Le résultat final

Je vous quitte en vous disant:

a an lot soley !
à un autre soleil !

vendredi 13 mars 2015

La Distillerie NEISSON


Quand vous arrivez de Fort de France et que vous prenez la dernière descente qui débouche sur le Carbet, les premières touches de couleur que vous voyez, sont les bâtiments multicolores de la distillerie Neisson.



Les arbres cuivrés sur la droite de l'image sont des gommiers, complètement dénudés en cette période de l'année ils sont magnifiques et participent au charme du lieu.


Cela fait longtemps que je voulais faire un billet sur la distillerie Neisson. Mais j'ai  attendu la nouvelle campagne de récolte de la canne pour cela. 

Cette distillerie fait partie du paysage de mon enfance et je ne peux résister au plaisir d'évoquer les souvenirs qui y sont rattachés.
 Située au Carbet à un jet de pierre de la route nationale, dite du littoral, je ne pouvais  manquer de la voir au milieu des champs de canne, quand de Saint Pierre où j'habitais, il fallait se rendre à Fort de France. Aller retour que j'effectuais en taxi-pays chaque week-end, quand j'ai intégré l'internat du lycée Schoelcher à mon entrée en sixième.

 Les Neisson étaient connus comme des commerçants ayant pignon sur rue en Martinique. Ils avaient des établissements à Saint-Pierre, au Carbet et à Fort de France.
J'ai vécu pendant toute mon enfance, à trois maisons du magasin de Saint Pierre à la rue Victor Hugo.
C'est dans mon souvenir, un grand bazar où on trouvait de tout, des tissus, de la verrerie, des bassines émaillées, de l'eau de Cologne au détail, et bien d'autres choses dont je ne saurais vous faire l'inventaire, mais surtout il y avait des billes. Tous mes camarades jouaient aux billes, car bien sur nous n'avions ni télé, ni ordinateurs, ni jeux électroniques et encore moins de smartphones. Le magasin Neisson était mon fournisseur attitré de billes. Elles étaient stockées dans de grands bocaux de verre et étaient vendues à l'unité. Il y avait d'abord le bocal des grosses billes, que nous appelions des "boloïs", puis celui des billes normales que nous appelions des "kristals" et qui étaient celles avec lesquelles nous jouions le plus couramment. Le troisième bocal était celui des petites billes qui n'avaient pas de nom, enfin les "mab'" qui étaient des billes de marbre avec des incrustations bleues ou roses. Pour finir il y avait les "canics" qui étaient des billes de terre cuite colorée. Honte à celui qui n'avait dans sa poche de son short que des canics, car il devenait la risée de tous.
" Ga missié, sé sa ou ni! soti la!".
 Il était le plus souvent écarté de la partie.

Mais revenons à notre distillerie qui fut créée en 1932 par les frères Neisson et qui est une des dernières distilleries familiales de la Martinique.
 Claudine Neisson qui pilote cette petite unité depuis une vingtaine d'année, en a fait un joyau de la production locale. Le rhum blanc Neisson semble le plus apprécié des martiniquais qui l'ont surnommé avec affection ZEPOL KARE (épaules carrées), à cause de sa bouteille caractéristique datant de 1952.


La distillerie est implantée au milieu des hectares de canne du domaine de la THIEUBERT et je vous invite à la visiter.

L'entrée du domaine.


Livraison de la canne fraichement récoltée à la distillerie pour broyage.


La petite machine à vapeur , suffisante pour broyer la canne.

Le jus de canne, appelé vesou, est transféré dans de grandes cuves en inox ou il est mis à fermenter . Cette fermentation produira un vin qui sera distillé pour donner le rhum agricole.

Cuve en fermentation.

La colonne à distiller en cuivre, datant de 1952. Il en sort un rhum de 73° qui sera stocké dans des cuves en acier inox, pour donner après traitement et réduction , la variété des rhums blancs Neisson.

Vue sur les chais où sont élevés les rhums mis en vieillissement dans des fûts de chêne.

Suprême raffinement, grand fût  sculpté a l'emblème du domaine.
Le laboratoire de dégustation.
A la fin de la visite vous pourrez vous rendre à la boutique où vous  gouterez aux différents crus avant achat de ceux qui vous aurons le plus charmé.
 Quant à moi j'ai rendez-vous avec avec Grégory Vernant, maître distillateur, petit fils du créateur, pour  la coupe manuelle des hectares de la Thieubert et à cette occasion il m'entretiendra des variétés culturales, de la sélection des souches de levures sélectionnées pour la fermentation du vesou, et du soin attentif qu'il porte à la distillation dans l'objectif de produire un rhum d'une grande personnalité.



Je vous laisse donc en attente du prochain volet et vous dis comme à l'accoutumée

a an lot soley !
à un autre soleil !

lundi 29 septembre 2014

Rhum JM



Aujourd'hui dimanche et nous avons décidé de faire une ballade sur la côte nord atlantique.
Chaque fois qu'il nous vient cette idée nous sommes toujours déçus de voir que rien n'est fait pour attirer le visiteur. Le dimanche, malgré la luxuriance de la nature et la beauté des paysages, entre Sainte-Marie et Grand Rivière, c'est le grand vide à la différence de tout le reste de l'ile. Cela doit venir du manque de plages et du caractère inhospitalier de la côte dans cette région.

Heureusement nous avons trouvé un but, nous rendre à la distillerie Crassous de Médeuil, ouverte au public le dimanche, et où se fait le fameux rhum JM, ce qui m'a permis de continuer ma présentation des distilleries de la Martinique.         

Elle est nichée sur les flancs de la Montagne Pelée, sur le territoire de la commune de Macouba, au fond d'une coulée dénommée Fond Préville où serpente au milieu des roches volcaniques une petite rivière.

La bien nommée "Rivière Roches".

La distillerie est située juste sur un replat surplombant la rivière. Cela faisait des années que je n'y étais pas allé. Dans mon souvenir c'était un lieu pas très accueillant couvert de tôles plus ou moins rouillées, où toute trace de peinture semblait bannie. Qu'elle ne fut ma surprise de découvrir un lieu que je ne reconnaissais pas, tout y avait changé.
Tout d'abord le site a fait l'objet d'un aménagement paysager transformant les lieux en un parc, avec sa pièce d'eau, de multiples fleurs comme les balisiers et les gingembres, de nombreux palmiers sans compter les majestueux bambous bordant la rivière. On y trouve aussi quelque arbres vénérables couverts de plantes épiphytes, et un oeil averti pourra y découvrir des cacaoyer et des caféiers.





Cabosses vertes du cacaoyer.

Les  épiphytes ont trouvé leur biotope.
Tous les bâtiments sont pimpants et les lieux ont été aménagés pour accueillir au mieux le touriste.  
Ces aménagements on fait l'objet d'une vraie réflexion scénographique mettant en valeur les rhums JM. Des photos l'illustreront mieux qu'un long discours.



Le tapis rouge de l'entrée.

Le créateur de la marque JM, Jean Marie Martin. Il identifiait ses fûts par ses initiales JM pour leur
embarquement à Saint-Pierre à destination de la France. 

La boutique où on peut déguster avant achat.

Hublot sur le laboratoire

Vue sur un partie de l'atelier des senteurs, là vous pouvez découvrir les équilibres subtils des différents crus.


Au sortir des lieux, en haut de la coulée, par dessus le foisonnement végétal on aperçoit à l'horizon l'Océan Atlantique, et sous la couche nuageuse le profil estompé de la Dominique.

Aujourd'hui je n'ai pu vous montrer que la surface des choses, car bien sur la récolte de la canne est finie et la distillerie ne fume pas. Ce dimanche sur place il n'y avait que les deux hôtesses de la boutique. Bien évidemment dès la récolte de l'an prochain je ne manquerai pas d'y retourner pour vous montrer comment s'élaborent les rhums JM et vous présenter, s'ils le veulent bien, ceux qui  par leur labeur et leur savoir faire y contribuent.

Même hors période de récolte la visite des lieux vaut le détour et vous pourrez après dégustation, comme je n'ai pas manqué de le faire, acquérir une ou plusieurs bouteilles.

Et comme toujours je vous dis

a an lot soley !
à un autre soleil !

samedi 1 mars 2014

Les derniers coupeurs de cannes



Aujourd'hui j'ai traversé le quartier du Lazaret au Robert. 
Il s'agit d'une petite ligne de crête avec ses chapelets de maisons accrochées aux flancs des mornes. De chaque coté de ces flancs il y a des champs de cannes dont de petites parcelles cultivées par ceux qu'il est convenu d'appeler des petits planteurs.

Aujourd'hui donc, en traversant le quartier j'ai vu qu'une parcelle était en train d'être coupée par deux coupeurs de canne, au coutelas. Le coutelas était le prolongement et le compagnon du travailleur agricole, il servait à tout. Moi même j'en ai trois à la maison de tailles différentes.
 Mais surtout il est l'outil avec lequel ici, la canne à sucre était traditionnellement récoltée. En Guadeloupe, l'ile soeur, il est appelé sabre et généralement dans les écrits français, machette. Les meilleurs coutelas étaient habituellement importés d'Angleterre, notamment de Sheffield réputée pour la qualité de ses aciers.
Je le sais car mon père qui tenait un bazar à Saint Pierre dans mon enfance, en vendait ainsi que des houes de même origine dont les tailles étaient indiquées en pouces, comme aujourd'hui les écrans des tablettes et autres smartphones. Rien n'a changé, celui qui crée et produit impose son vocabulaire.
A la vue de ces hommes travaillant à l'ancienne je ne pus m'empêcher de m'arrêter net sur le bord de la route, et d'aller leur parler. Pendant quelques minutes nous avons bavardé sur la coupe de la canne à la main et comment cela se faisait en temps longtemps. Après avoir brisé la glace, je leur fis part de mon blog et de son objet de parler de la Martinique qui disparait. Je leur demandai l'autorisation de les photographier, ce qu'ils acceptèrent de bon coeur . Il faudra que je leur amène au plus tôt des tirages des photos prises, et que je vous présente dans ce billet.
Nos deux compères, M. Bélune et M. Acaman, n'ont pas peur de la tâche, ils en tirent même une certaine fierté, car couper la canne sous le soleil des Antilles est loin d'être aussi aisé que de remplir des bordereaux dans un bureau climatisé. Ils ont pour l'un moins de soixante ans et pour l'autre un peu plus. Ils en ont pour quatre vingt dix jours de travail à couper la canne sur de petites parcelles cultivées par des parents et connaissances, le temps que dure la campagne sucrière.

coupeur de canne

coupeur de canne


coupeur de canne
Chaque canne récoltée fait l'objet de deux coups de coutelas, l'un à la base pour la couper et l'autre pour l'étêter et enlever toute la partie verte et feuillue.


coupeur de canne

coupeur de canne

coupeur de canne

coupeur de canne

La canne est prête à être ramassée.

Un jeune taureau est attaché au piquet par une chaine au milieu de la partie déjà récoltée, il se régale de toutes les têtes des cannes vertes et un peu sucrées. Rien ne se perd, cette partie de la canne appelée les amarres,( car elles servaient à attacher les paquets de tiges quand autrefois la canne était manipulée à bras d'hommes et transportée à dos de mulet), fait un excellent fourrage pour le bétail. 

Toutes ces cannes récoltées sont transportées par tracteur dans les meilleurs délais à la sucrerie.
Aujourd'hui je vous ai montré des hommes en plein effort, et cela n'a rien à voir avec les méthodes mises oeuvres sur les grandes surfaces mécanisées, telles que je vous les ai présentées dans mon billet du 15/05/2013 intitulé "Récolte de la canne à sucre".

Et pour ne pas changer je vous dis

a an lot soley !
à un autre soleil !