jeudi 24 juillet 2014

Vive les vacances


Les activités liées aux vacances, n'ont pas inspiré Persil et Oignons-pays. Mais je ne vous laisse pas tomber pour autant.
Pour vous occuper je vous propose un document de l'INA. Il s'agit d'un film muet de 1936 sur la canne et le rhum en Martinique. En plus de son caractère historique, il constitue également un document sociologique sur la société coloniale de l'époque. Je vous laisse en apprécier le contenu.

http://www.ina.fr/video/VDD10045518

Bonne lecture et

a an lot soley !
à un autre soleil!

jeudi 12 juin 2014

Rencontre avec un passionné



Aujourd'hui je vais vous présenter un passionné. Sa passion et son métier, élever les meilleurs rhums possibles. Je l'ai rencontré à l'Habitation Saint Etienne. C'est le lieu où est embouteillé le rhum HSE et sont élevés les rhums vieux, la distillation se faisant elle à la distillerie du Simon au François.

Cyrille Lawson est en  charge de l'élevage des rhums vieux et de la mise au point des différentes cuvées de la marque. Malgré son nom évocateur des landes écossaises, il est né dans la vigne bordelaise et officie en Martinique chez HSE depuis treize ans. Il est devenu un vrai martiniquais d'adoption.

Les chais HSE

Après une rapide visite de l'Habitation, de la maison de maître, des jardins et dépendances, nous attaquons le vif du sujet par la station d'embouteillage afin d'arriver au coeur du métier de notre hôte, c'est à dire à la conduite de l'élevage des rhums et la mise au point des différentes cuvées HSE. Là, au milieu des fûts, des tonneaux et des foudres, nous découvrons un homme passionné, passionnant, intarissable sur son métier, et d'une grande précision.

La chaine d'embouteillage.

Sans dévoiler de secrets et process propres à l'entreprise, il nous fait part du soin apporté au vieillissement, notamment sur le mode de stockage des tonneaux, du grand soin apporté à l'ouillage. Un seul tonneau mal rempli pourrait gâcher, par le goût des champignons qui se seraient développés à l'intérieur, tout un assemblage de vieux rhums d'une cuvée en préparation. 

Préparation d'un assemblage VSOP.

A la recherche, non d'une perfection chimérique, mais d'une qualité remarquable, il a développé par exemple des partenariats avec ses fournisseurs, mettant au point des tonneaux répondant à la recherche de composants organoleptiques précis. Ces expérimentations portent sur la qualité du bois, sur le mode de chauffage dans la mise en forme et bien d'autres expérimentations que je ne saurais vous dévoiler sans trahir mon engagement de discrétion. Ce partenariat permet de gagner du temps dans l'élaboration d'une typicité recherchée, et de ne pas attendre dix ans pour voir le résultat et découvrir à la dégustation si le but recherché a été atteint.

En dehors de la gamme des rhums vieux habituels (vieux, très vieux, hors d'âge, millésimé, single cask) HSE est sorti des sentiers battus et cherche pour reprendre leurs propres termes, à casser les codes.
Pour ce faire sous la conduite de Cyrille Lawson, ont été mises au point, depuis quelques années des finitions dites du Monde, afin d'offrir un plus large panel de saveurs aux amateurs. Ce dernier nous a encore parlé avec passion de la mise au point de ces cuvées et de ses recherches permanentes dans l'affinement des produits proposés. Les rhums ayant vieilli en général six ans dans des fûts de chêne sont ensuite transvasés dans des fûts ayant contenu du single malt de l'ile d'Islay ou des Highland, du sherry Fino et Olorosso ou Pedro Ximenez et plus récemment du sauternes la Tour Blanche. Une fois transvasé, le rhum séjourne encore pendant dix huit mois pour finir son vieillissement dans les différents fûts concernés. Tout cela se fait en développant des partenariats avec les producteurs de whisky et de sauternes ou de sherry qui fournissent les fûts.

Fût d'Islay.

Fût d'Highland.

Fût de sherry.

Fût de Sauternes.

Cette rencontre s'est terminée bien sur par une dégustation dans les règles de l'art sous la conduite du maître, qui nous guidait dans la découverte de la personnalité de chaque cuvée. Quand à choisir entre les différentes finitions, c'est à chacun de trouver son chemin et les arômes qui le séduisent. Grâce au travail de professionnels comme Cyrille Lawson les rhums martiniquais deviennent des eaux de vie de plus en plus complexes et sophistiquées, ce qui fait leur succès grandissant dans le monde.

Cyrille Lawson chaleureux, enthousiaste, attentionné, en grand professionnel nous guida à la découverte de ses cuvées.

En ce qui me concerne, j'avoue qu'à la sixième dégustation j'ai été largué, il est grand temps que j'éduque mes papilles !!!

Et sur ce je vous dis:

a an lot soley !
à un autre soleil !


dimanche 8 juin 2014

L'atelier de M.Evariste



Cela fait des années que je passe devant une petite case insignifiante, recouverte de tôle à l'entrée du bourg du Marin, cela chaque fois que nous nous rendons à la plage aux Salines ou à la Pointe Marin. Je n'y avais jamais porté la moindre attention  avant , à l'occasion d'un ralentissement du trafic routier, d'y avoir vu un homme assis derrière une machine à coudre. Cette case qui n'avait qu'un pâle souvenir de sa dernière couche de peinture était un atelier de couture.

Dès que l'occasion se présenta, je me rendis à cet atelier. C'est le lieu où M. Evariste déploie ses talents de couturier. Après m'être présenté, je lui demandai l'autorisation de photographier son atelier, ce qu'il accepta de bon coeur, m'expliquant avec fierté que sa case avait plus de soixante dix ans, qu'elle avait résisté à tous les cyclones, et qu'elle avait suscité l'intérêt de photographes professionnels de passage.

L'atelier sous son arbre à pain.


 Entre M. Evariste et moi la glace fut rompue rapidement quand je lui dis que ma mère avait fait le même métier que lui. Nous pouvions tous les deux parler chiffons et contraintes du métier, ou de ces belles dames pressées de recevoir leur robe neuve mais moins pressées de payer la couturière.


En effet ma mère a été ce qu'on appelait une couturière en chambre. Je me souviens l'avoir toujours vue se mettre tous les matins au travail à six heures trente en écoutant la radio sur son petit transistor. Elle le faisait en s'assurant fermement dans le même temps que toute la maisonnée se mettait en ordre de marche pour le rendez vous de l'école. Sa grande fierté a été, grâce à  ce métier d'avoir élevé ses quatre enfants, et ce comme elle aime à le dire, sans allocations ni aides publiques.
 Grâce à cela j'ai appris à faire moi même mes ourlets de pantalons, mais surtout j'étais en quelque sorte le commis de ma mère. Je connaissais toutes les merceries de Fort de France où j'allais acheter du fil, des agrafes, des boutons pressions, des fermetures éclair, du gros grain ou des rubans de biais et bien d'autres fournitures. Le gros grain servait à faire des ceintures assorties aux robes ou à renforcer la taille des jupes. Je me payais en grapillant quelques centimes sur la monnaie rendue lors de ces achats. Ces courses étaient courantes, car ma mère n'avait pas de stock et elles étaient fonction des commandes. Mais il y avait une corvée que je détestais, c'était la livraison aux clientes qui parfois en guise de paiement me disaient: " Dis à ta manman que je vais passer la voir."
Je n'étais pas un bon encaisseur! 

M. Evariste fier de sa machine professionnelle.


M. Evariste a une clientèle aussi bien féminine que masculine, dans son atelier règne un apparent fouillis qui dans mon souvenir est le propre de tous les ateliers de couture.


Quelques sources d'inspiration sous la protection de la sainte Vierge.
Autre icône de M.Evariste le Che.

M. Evariste à qui je racontais tout cela, me parla à son tour de son métier qui lui permettait de vivre et d'assurer l'éducation de ses deux enfants. Nous échangions pendant qu'il achevait les finitions d'une robe traditionnelle dans un tissu imitation madras. Après avoir pris quelques clichés, je lui promis de lui ramener des tirages.

 J'ai eu le sentiment un instant d'être hors du temps parlant à un survivant.



Et comme toujours je vous dis

à un autre soleil !
a an lot soley ! 




vendredi 16 mai 2014

La Rhumerie G. HARDY



Du temps de mon enfance, tout bon travailleur agricole ne dédaignait pas un bon coup de rhum pour se réconforter après une dure journée de travail. Ma grand mère à l'occasion en servait à ceux qui venaient lui donner un coup de main au jardin , ou pour  tuer le cochon pour noël. Elle servait une bonne rasade de rhum sec sans sucre et sans citron dans une timbale en aluminium. La timbale était vidée d'un coup, et son contenu gardé en bouche pendant qu'elle remplissait à nouveau la timbale d'eau fraiche. Une fois la rasade bue d'une traite, l'eau servait à éteindre le feu du gosier causé par le brusque apport d'une grande quantité d'alcool. Un tel coup de rhum équivalait à trois ou quatre punchs  d'aujourd'hui. Je ne vous recommande pas d'essayer.

Si je vous parle de récolte de canne, de rhum et de distillerie c'est que ces souvenirs sont intimement liés  à l'activité agricole et remontent avec ma petite activité potagère et la tenue de ce blog. Aussi ai je décidé de vous faire découvrir tout ce pan de notre culture. Après La Favorite et St James nous allons partir à la découverte de la rhumerie la plus confidentielle de la Martinique : la RHUMERIE TARTANE.


Il s'agit d'une très ancienne distillerie où fut installée la première machine à vapeur en 1880, et qui appartient à la famille Hardy depuis 1905. Tout au début la canne était broyée par un moulin à vent dont les ruines sont encore debout. Là était produit le rhum Hardy jusqu' en 1996.

Juste au dessus de la distillerie se dressent les restes de la tour du moulin à vent d'origine.  Avant la machine à vapeur, l'énergie était fournie par les bêtes, le vent, l'eau, la sueur et le sang des esclaves. Rappelons que l'esclavage qui a formaté notre culture, intimement lié à la colonisation du nouveau monde, et à l'histoire de la canne à sucre donc du rhum, n'a été définitivement aboli par la France qu' en 1848, malgré l'abolition proclamée le 4 février 1794 par la Convention nationale.
Dans cette tour la famille Hardy avait , il y a près de quatre-vingt ans installé un petit oratorio à la vierge Marie . Mais en 2007 un cyclone a  fait voler en éclat la statue de la vierge et les ex-votos. Depuis il est en attente d'une nouvelle statue pour sa rénovation.

Je me souviens d'avoir découvert ce rhum et la distillerie dans les années quatre vingt, lorsque je pris mes fonctions de directeur des services économiques au Centre hospitalier de Trinité, commune sur le territoire de laquelle est implantée  la dite distillerie, et plus précisément sur la presqu'ile de la Caravelle au lieu-dit Tartane. C'est une distillerie qui a les pieds dans l'eau, et est entourée de quelques hectares de cannes.
Je me souviens du "vieux père" Hardy, assis à l'entrée de la distillerie examinant au microscope le développement de ses levures dans la fermentation du vesou. Homme orchestre, à travers ses lunettes qui n'avaient pas été essuyées depuis longtemps, et du microscope qui avait beaucoup vécu,  il suivait  la transformation du jus de canne, le vesou, en vin alcoolisé, et moi du haut de mon irrévérencieuse jeunesse je me demandais s'il y voyait grand chose. Mais à l'époque je ne me souciais guère du rhum et ne m'imaginais pas qu'un jour je serais assez vieux pour parler du passé et du patrimoine qui disparait. Cette distillerie abandonnée en apparence, ne l'est pas tant qu'il y parait. La colonne à distiller, en cuivre, a été démontée et mise à l'abri des voleurs, et le site faisant l'objet d'un projet de mise en valeur touristique, elle sera remontée quand le projet aboutira.

Voici quelques images des lieux à l'abandon depuis 1996.


Les cuves où fermentait le vesou, c'est à dire le jus de canne.





A la vue de ces images de la machine à vapeur, la bête ne semble qu'endormie  et prête  à se réveiller.

Ce vieux moteur de camion ou de tracteur est couplé à un tour en bois qui entrainait une improbable courroie.



Le foyer ou brulait la bagasse pour chauffer la chaudière.

 La cheminée a été démolie pour éviter tout accident.
Ce squelette de tracteur, tel un mort-vivant, veille à l'entrée de la distillerie.


En effet la distillerie ne fume plus depuis 1996, la production confidentielle ne dégageait pas suffisamment de marge pour la modernisation et faire face aux contraintes de la modernité, comme le traitement des vinasses et des fonds de cuve. Tout cela auparavant était rejeté directement à la mer et causait une pollution insoutenable maintenant.

Aujourd'hui le peu de cannes de la plantation est broyé et distillé à la distillerie St James . Les soixante milles bouteilles produites sont vendues sur place. Dans une petite boutique attenante vous pouvez acheter du rhum Hardy, blanc, paille ou vieux. Si vous n'habitez pas la Martinique vous pouvez toujours passer une commande par courrier.

Les rhums Hardy, blanc, vieux et paille.

Ce rhum est  typé du fait du micro climat sec de la presqu'ile de la Caravelle. Certains ne jurent que par le rhum paille , personnellement ayant gouté au vieux qui titre à 42%,  je l'ai trouvé très doux, parfumé et fleuri, mais je ne vous en dirais pas plus car je ne suis ni oenologue ni gouteur professionnel. Je leur laisse leurs gloses parfois longues, éthérées et dithyrambiques,  où l'amateur moyen se perd, ou en sort complexé car il n'a pas repéré les quinze à vingt notes parfumées et gustatives décrites par ces experts, à chacun son rhumantisme!

dimanche 11 mai 2014

9 mai, premier jour de pluie



Image traditionnelle du jardin pendant le carême,l'herbe est brulée et la terre fendue.


Aujourd'hui 9 mai, c'est le premier jour de pluie depuis des mois, c'est la fin de la saison sèche, le carême. Tous les maraichers et fondus de jardin potager sont contents. La précieuse eau est de retour et leurs plantations pourront prospérer sans soucis d'arrosage, parfois impossible. Comme toujours pendant cette période je n'ai pas fait grand chose à part entretenir quelques plants en pot que je vous présente.

oignon pays
Repiquage d'oignons pays dans leur gouttière.

persil, jardinière,
Les persils sont mieux logés.

piment,
Les piments se portent mieux en pot qu'en pleine terre.


Ce pourpier en pot est magnifique, il fleurit tous les matins jusqu'à dix heures. Cette herbe est un ingrédient incontournable d'une soupe locale appelée "soupe z'habitant", mais elle peut également se consommer en branche, cuite à l'eau et assaisonnée d'une citronnette. De plus elle est tellement vivace qu'elle n'arrête pas de produire des graines qui poussent aussitôt au pied du plant principal, certains pourraient la trouver envahissante. 

Mais cette fin de carême qui se termine est une période que j'aime beaucoup. Bien que l'herbe soit brulée et que le palmiers perdent leur plumage, nous assistons à une explosion de couleurs, car nombre de plantes fleurissent, sans compter avec les bougainvillées qui vivent leur plein épanouissement en pleine sécheresse.
 Tous les manguiers et avocatiers sont en fleur. Le poiriers locaux sans feuilles se sont couverts de petites corolles d'un rose délicat, et à chaque brise ils nous gratifient d 'une pluie  de fleurs qui tapissent le sol tels de gros flocons . Les frangipaniers ne sont pas en reste ainsi que toutes sortes d'arbustes dont je ne saurais vous donner les noms. Voici quelques photos d'illustration.

Les poiriers chez nous ne sont pas des arbres fruitiers. Ils sont appréciés en ébénisterie pour leur bois doré. Les pêcheurs quand à eux utilisent les troncs des jeunes arbres pour en faire des pieux pour leurs pontons de fortune.


Notre entrée tapissée comme autrefois pour une procession à la vierge Marie.




Frangipanier rouge.

Bougainvillée panaché.

Le gardénia malgré la sécheresse et l'absence d'arrosage est vert et porte des fleurs magnifiques au parfum plus suave encore  que celui du jasmin qui lui ne connait pas de saison et fleurit toute l'année.


Malheureusement le retour des pluies marque aussi le retour des chenilles de sphinx, extrêmement voraces elles adorent les feuilles de frangipaniers qu'elles sont capables de dépouiller en quelques jours.


Mais je vais  parler pour les habitués qui le connaissent déjà, de mon oranger magique.  En ce moment il doit être tombé amoureux fou car il est couvert de fleurs comme il ne l'a jamais été, il a même influencé son cousin le kumquat qui bien que chargé de fruits fleurit également.


Mon oranger magique
Fleur de kumquat.

Les jardiniers avertis et passionnés, ce que je suis loin d'être, organisent leur jardin afin qu'il soit coloré aussi si bien pendant le carême que pendant la période plus humide et pluvieuse où s'épanouiront là plutôt les crotons, les princes Albert, les ginger rouges blancs ou roses, et toutes les variétés de balisiers et d'anthuriums pour ne citer que les plus connus.  
La seule chose qui me chagrine, c'est que j'ai le sentiment que, malgré cette floraison foisonnante y compris dans la mangrove, il y a beaucoup moins d'abeilles que d'habitude. En plus des attaques parasitaires, les apiculteurs se plaignent de l'usage massif d'insecticide par les grandes exploitations agricoles. Faut il en faire porter une grande part de la responsabilité aux planteurs de banane qui mènent encore des combats d'arrière garde pour obtenir des dérogations à l'interdiction de pulvériser sur leurs champs, des pesticides par hélicoptère et avion?