mercredi 9 août 2017

Road trip familial en Californie 3


Enfin le Grand Canyon

Nous consacrons notre journée à la visite au Grand Canyon. Tout est organisé à la perfection. Pour 30 dollars notre petite troupe a un pass pour la journée. Ce dernier comprend la navette entre l'hôtel et le site, et à l'intérieur du parc un réseau de trois lignes où les bus tournent en boucle reliant tous les points de vue remarquables, ainsi que les boutiques et les restaurants.

Les petites silhouettes à gauche permettent d'apprécier l'immensité du paysage.

Dès notre descente du bus, nous avons été éblouis par le paysage fantastique et tous d'accord pour dire que les miles avalés  le vieille valaient le coup.

Nous  sommes restés sur le site de11heures environ à 18h 30 h. Je regrette toutefois de n'avoir pu rester beaucoup plus tard pour photographier le canyon avec les lumières rasantes du coucher du soleil qui l'enflamment. Il aurait fallu loger sur place, mais cela a un coût, car les hôtels qui sont dans le parc sont beaucoup plus chers que ceux qui sont à l'extérieur comme le notre.

De nombreuses randonnées sont possibles dans le canyon, mais il vaut mieux les faire au printemps ou en automne, car en plein été le fond du canyon est un vrai four. Pour les petites randonnées d'une heure trente il est prescrit de partir avec au moins trois litres d'eau par personne. Enfin quand on est descendu il faut remonter.

Il est également possible de survoler le canyon en hélico et cela doit procurer une vraie poussée d'adrénaline que d'y plonger au plus profond. Une autre fois peut être.


La vue vers l'ouest depuis Mather Point.

Maya la belle, pas l'abeille.

Princesse Clara et son porteur attitré.


Le soleil joue avec les nuages et anime le panorama.

Les mormons orthodoxes de l'Arizona font également du tourisme.


La vue vers l'est depuis Yaki Point.


Clara commence à fatiguer.

Notre GO en pleine forme.

Nous sacrifions au rituel de la photo souvenir, après avoir moqué gentiment les touristes japonais qui posaient à tout va. Cécile est chargée de faire le cliché. Comme nous poussons des cris perçants devant l'immense précipice, cela l' effraie  et elle nous demande d'arrêter: "Il n'y a que vous pour faire de pareilles choses !"  Parfois les vieux sont plus rigolos que les jeunes.




Quand nous quittons les lieux , nous avons la chance de rencontrer une harde de daims qui broutaient de part et d'autre de la route, le chauffeur du bus ralentit puis s'arrête afin que nous puissions admirer le spectacle.

Ce fut vraiment une magnifique journée.



Photo prise à la volée à travers la vitre.

En attendant la suite je vous dis

a an lot soley !
à un autre soleil !

dimanche 6 août 2017

Road trip familial en Californie. 2



  En route vers Grand Canyon


Après un petit déjeuner copieux à l'hôtel, nous quittons Los Angeles à 8h 45 et nous arrivons à Tusayan à19h 30. Longue route pour rejoindre notre point de chute pour la visite de Grand Canyon.

Notre hôtel à Tusayan est à dix kilomètres du site que nous allons visiter, la rive sud de Grand Canyon. Pour y arriver nous traversons les zones arides de la Californie, et de l'Arizona. Des heures de paysages secs, désertiques sans voir âme qui vive à part de nombreux poids lourds, quelques automobiles et deux ou trois interminables trains de marchandises dans les plaines de l'Arizona. De temps en temps nous traversons des petites  localités  endormies ou des villages désolés et délabrés.

Tout cela pourrait paraître ennuyeux, mais pas du tout. Quand on voit ce ciel d'un bleu profond, ces paysages et ces étendues pour la première fois on ne peut manquer de penser aux nombreux films dont ils ont été le décor, que ce soient les westerns ou les road movies. J'avais les yeux grands écarquillés, il ne manquait que le panache de fumée aux trains.

Notre voyage fut agrémenté par les arrêts carburant, pipi et pique nique, indispensables pour se dégourdir les jambes. Ces arrêts étaient encore plus indispensables au confort de Clara qui au bout d'un moment ne supportait plus d'être sanglée dans son siège bébé et qui le manifestait en commençant à rouspéter et à pleurer après avoir fait un somme, ce qui fendait le coeur à tout le monde.
A l'arrêt du bus de son papa, comme elle disait, Jean-Marc la prenait dans ses bras, ce qui la calmait immédiatement et elle passait des larmes au rire et animait le groupe par sa vivacité et son espièglerie. 
A quelques dizaines de miles de Grand Canyon nous montons en altitude et le paysage commence à reverdir avec l'apparition des conifères. Après un tel trajet on se rend compte vraiment de ce que sont les grands espaces, surtout quand on vit au quotidien sur notre petite ile de Martinique.

A l'arrivée notre petite troupe fatiguée s'est réconfortée au restaurant mexicain proche de l'hôtel.

Nous n'avons pas trainé et rentré à l'hôtel, je me suis  endormi en pensant au but de notre périple, le Grand Canyon, refusant de regarder la documentation, préférant la surprise de la découverte en directe.


Dès le départ de Los Angeles le paysage est brulé, la Californie vit une de ses plus terribles sécheresses. 

Même les palmiers souffrent.

Désertique

Nous avons croisé la mythique route 66

Au croisement de la route 66, cet homme assis en plein soleil vend des bâtons de marche à d'hypothétiques randonneurs.
Nous sommes restés plus d'une heure à l'observer, car nous avions fait un arrêt pique nique juste en face, personne ne s'est arrêté et il n'a pas bougé d'un pouce. Cela nous a fort intrigué car il faisait horriblement chaud. Si chaud et sec que les tranches de pain pour nos sandwichs se desséchaient dans le vent chaud alors que nous étions à l'ombre.


Un interminable train de marchandise dans l'Arizona. Tracté par cinq motrices et poussé en queue par deux autres.





A an lot soley !
A un autre soleil !

vendredi 4 août 2017

Road trip familial en Californie



 Cécile, notre fille, rêvait depuis longtemps de faire un voyage en Californie. Son projet ayant pris forme, elle nous fit la proposition de nous joindre à elle. Elle envisageait de faire un grand tour en famille. En nous y associant cela faisait un groupe peu homogène .
 Cela demandait de la réflexion car le groupe se composerait d'un couple de soixante-dix ans, un couple de quarante ans, deux ados de seize ans et un petit enfant de moins de trois ans. Après réflexion, la décision fut vite prise  pour un séjour du 10 au 27 juillet.
 Cécile organisa le séjour, en préparant le circuit, les réservations et le choix des hôtels, la location de véhicule, nous soumettant régulièrement ses propositions et nous nous sommes tous mis d'accord pour le circuit suivant :

Los Angeles
Le Grand Canyon dans l'Arizona
Remontée vers Yosemite National Park en passant par le désert du Nevada avec un stop d'une nuit à LasVegas
Visite du Yosemite National Park
Séjour à San Francisco
Retour à Los Angeles par la plaine centrale.

Cela faisait un périple d'environ 2700 miles soit 4345km. 

Lundi 10 juillet

Après notre départ de Fort de France le dix juillet dans l'après midi, nous sommes arrivés à deux heures du matin à Los Angeles après une escale à Miami un peu plus longue que prévue pour cause d'orage . A l'arrivée à Miami nous faisons connaissance avec le nouveau système de contrôle des étrangers aux Etats Unis. 
Dès la Martinique nous avons fait sur le net nos ESTA, sorte de visa réservé aux pays amis. Munis de ce document nous avons eu le traitement de faveur. Contrôle par un automate qui relève les empreintes de nos quatre doigts de la main droite et photographie de face sans lunettes ni chapeau. Nous passons alors le contrôle physique avec un officier de police et des douanes qui après un court questionnaire, relève les empreintes de nos dix doigts et photographie  nos iris.
Si tu parles pas américain tu es dans la merde car personne ne fait l'effort de se faire comprendre ou de te comprendre, et cela depuis l'embarquement dans l'avion d'American Airlines. Rempli à 90% de martiniquais pas un mot en français à notre intention, et tant pis pour toi  qui comme moi ne comprenait quasiment rien aux annonces faites par l'équipage. Ils n'en n'ont rien à faire. C'est le sentiment que j'ai eu tout au long de notre séjour quelque soit le lieu ou les circonstances.

Mardi 11 juillet

Réveil tardif et premier jour à Los Angeles, nous nous reposons, prenons nos marques et préparons notre départ pour le lendemain au matin.
 Kilian et Maya nos deux ados se sont empressés d'aller au Starbuck voisin se commander un chocolat pour marquer leur entrée en Amérique. Moi je me suis contenté de faire un petit tour à pied autour de l'hôtel, prendre contact avec mon environnement, apprécier la lumière californienne et sentir la chaleur sèche qui commençait à se faire sentir.
La première étape de notre préparation consista à récupérer le véhicule de location. Il s'agissait d'un mini bus Ford de 12 places. Un véhicule de sept places eu été trop petit car étant sept, nous avions sept valises à caser, plus une chaise de bébé et divers sacs.
 La deuxième étape fut de nous rendre à la grande surface la plus proche afin d'acheter un élément indispensable pour ce genre de périple comportant de longues étapes, c'est à dire une glacière afin d'avoir en permanence de l'eau fraiche. Cette glacière était remplie chaque matin dans les hôtels qui disposent tous de distributeurs de glaçons pour les clients. Après acquisition de quelques provisions de bouche, de notre stock d'eau et du menu matériel de pique-nique nous étions fins prêts.  
Nous fîmes alors notre première promenade jusqu'à Venice Beach pour voir le Pacifique, et notre premier diner dans un fastfood . 

Les enfants sont sympas, Cécile se révèle être une excellente GO et moi j'appréhende de conduire le fourgon à embrayage automatique sur les routes américaines. Pour l'instant Jean-Marc avec un calme, dont il ne se départira pas de tout le séjour, prend les choses en mains tant que nous sommes en ville, je me réserve pour la grand route où  la conduite est moins stressante et le GPS plus facile à suivre.

 A plus tard pour la suite et plein de photos!

Selfie de la fine équipe prête pour l'aventure



A an lot soley !
A un autre soleil !



samedi 14 janvier 2017

Manman dlo


La montagne Pelée vue de la mer, dessus dessous.
  

 Dimanche  8 janvier, j'ai eu soixante dix ans. Plutôt que fêter cela à la maison où on aurait trop bu et trop mangé, j'ai proposé aux enfants de se retrouver dans un petit restaurant de plage à Saint-Pierre.

Ce restaurant se trouve juste en face du site où est immergée Manman dlo, sculpture monumentale de l'artiste martiniquais Laurent VALERE. En cliquant sur Manman dlo en rouge dans le texte vous en saurez plus sur elle.
Le choix de ce lieu non seulement me rappelait des souvenirs de jeunesse , car durant les vacances scolaires c'était un de nos lieux de rencontre favoris pour le traditionnel bain de mer de la mi-journée, mais c'était surtout l'occasion d'effectuer une plongée en famille sur le site et de rendre visite à Manmann dlo et sa compagne Yemaya. Cela faisait longtemps que je n'avais pas plongé avec mon fils et ce fut un vrai cadeau d'anniversaire. Ce fut une belle journée passée dans la bonne humeur et la joie des grands et des petits.

J'ai pu immortaliser par quelques photos le moment avec Manman dlo, malheureusement mon caisson étanche qui n'avait pas vu l'eau depuis 2011 rendit rapidement l'âme, de plus l'eau n'étant pas très claire , je n'ai pas pu faire tout ce que je voulais.



Avant d'arriver aux sculptures on peut voir cette ancre à jas monumentale, émergée du sable. C'est un des vestiges des navires coulés dans la baie de St Pierre par l'éruption de la Montagne Pelée le 8 mai 1902


Tête monumentale de Manman dlo immergée en 2004 et déja envahie par la faune sous-marine.


Accroché à la boucle d'oreille de Manman dlo.




Sa Compagne Yémaya l'a rejointe en 2008

Les fesses de Yemaya au premier plan émergent du sable et on devine  plus loin sa queue de sirène.





Allez! Salut à tous, si vous passez à St pierre n'hésitez pas à lui rendre visite. Si vous ne savez pas plonger vous pourrez la voir depuis la surface avec un simple masque.





JE VOUS SOUHAITE UNE BONNE ANNEE et vous dis

a an lot soley !
a un autre soleil !


mardi 22 novembre 2016

Misié Pierrot n'est plus






Persil et oignon pays est en deuil.

Le 30 octobre papa est tombé. Angoisse, Samu, pompiers, hôpital, fracture du fémur, opération, soins.
 Le 8 novembre tout s'est éteint pour lui. Le 17 novembre il aurait eu 98 ans.
Il ne s'est pas remis debout et  n'est pas rentré chez lui.

Dès le premier entretien avec le médecin du service , alors que l'opération de réduction de la fracture du fémur avait parfaitement réussi, il m'avait annoncé que papa avait des  troubles  du rythme cardiaque qui pouvaient avoir un issue fatale compte tenu de son grand âge, de sa grande maigreur et de ses reins usés.

Papa était un père à l'ancienne, un peu absent, avec lequel je n'ai eu pas beaucoup d'échanges. Toutefois, il m'a  fait participer à sa façon à sa vie et à ses valeurs.
Je me souviens comment, durant mon enfance quand nous habitions à St Pierre, je l'accompagnais au marché le samedi matin. Je le suivais déambulant dans les allées entre les fruits et légumes exposés à même le sol sur des sacs de jute, à coté des poules ou des sacs de farine de manioc vendue par pot. Chaque achat faisait l'objet d'un marchandage serré entre la marchande et lui, et je l'aidais à porter les fruits et légumes ainsi achetés. J'avoue que malgré ces démonstrations en direct je n'ai pas hérité de ses capacités de négociateur commercial.

Ces mêmes marchandes parfois venaient au bazar qu'il tenait, faire quelques emplettes ou payer un petit crédit qu'il leur avait octroyé. Nous vivions dans un environnement rural dans lequel papa était Misié Pierrot .
Durant cette période de mon enfance, je l'accompagnais également chez les moines bénédictins, encore à St Pierre à cette époque, avec lesquels il avait noué des liens d'amitié, et où je m'ennuyais ferme . La seule chose que j'appréciais et qui rompait cet ennui était de les entendre chanter, j'aimais le plain-chant et la sérénité que cela dégageait.

De ce père qui n'a jamais porté la main sur moi et qui ne m'a jamais vraiment puni, et qui à sa façon était attentionné,  je me suis pourtant éloigné à l'adolescence.
 Nous avions de moins en moins de choses en commun. Lui le croyant fervent avait un fils incroyant. Nous ne partagions pas non plus les mêmes idées politiques. Il adorait le foot et avait été sélectionné dans sa jeunesse dans l'équipe de la Guadeloupe, alors que cela ne m'intéressait guère.  J'adorais la mer, la plongée, la pêche, le contact avec les marins pêcheurs, alors que les rares fois où il nous accompagnait à la plage, je n'ai pas le souvenir de l'avoir vu piquer une tête ou nager.
 Maintenant qu'il n'est plus je ne saurais pas s'il savait nager ou pas.

L'adolescence a été la période où nous avons habité à Fort de France. Quelques années après ce déménagement pour la capitale, papa abandonna le bazar de St Pierre et devint commercial chez un grand distributeur d'électroménager et de hi-fi de la place. Cette période foyalaise ne nous rapprocha pas mais il était toujours mon père et moi son fils respectueux et critique.
Il n'avait jamais voulu que j'ai un vélomoteur, mais il m'avait ouvert un compte à la Centrale Catholique, librairie à la rue Blénac où sans contrainte je pouvais acheter les revues et les livres qui me plaisaient. Il a ainsi grandement contribué à affermir mon goût pour les livres et ma curiosité intellectuelle.
Dans cet environnement citadin, Misié Pierrot était devenu Mr GITANY.

 Après mon bac,  parti faire mes études en France,  les choses ne se sont guère améliorées. Dès ma deuxième année de fac je me mariai et eu un fils. Mariage d'étudiants insouciants sans le sou, et vie difficile à huit mille kilomètres de la famille.

Ce n'est que bien plus tard quand mes propres enfants partirent faire leurs études que j'ai pu mesurer, l'ampleur des angoisses et des inquiétudes que j'avais causées.

Quand je revins définitivement en Martinique, je continuais à causer des insatisfactions à papa mais jamais il ne me fit de reproches ouverts.
Nous menions cependant une vie de famille ponctuée de nombreuses fêtes qui rassemblaient tout le monde.

La vie continua avec ses hauts et ses bas, ses joies et ses insatisfactions, jusqu'à ce que papa devienne vieux, très vieux et fragile.

Dans son  grand âge nous nous sommes un peu retrouvés, bien sûr sans grandes effusions, dans la grande tradition de notre famille. Il m'arrivait de m'asseoir à ses côtés et de poser ma main sur la sienne, sentir cette main noueuse, osseuse  qui avait la peau fine et douce des vieillards. Cela nous suffisait pour exprimer l'affection que nous nous portions. Dans le même temps je me disais que je n'avais pas de souvenir qu'il m'ait donné de telles marques d'affection dans mon enfance, et je pensais que les rôles avaient changé.

Au cours de ces dernières années nous avions nos petites routines. Tous les jeudis nous allions faire les courses du ménage.  Il m'attendait toujours avec impatience, c'était sa grande sortie, nous allions toujours au même supermarché ,"Carrefour Cora" comme il disait, où nous avions nos repères et nos habitudes. Cela me rassurait, car déambuler avec un homme de quatre-vingt dix ans  à moitié aveugle nécessitait une grande attention.
A cette occasion ce qui lui plaisait le plus était de rencontrer des gens qui le reconnaissaient, qui lui manifestaient le contentement de le voir et qui le félicitaient de son grand âge et de sa forme.

De retour des courses nous déjeunions ensemble . En attendant de passer à table, souvent je lui coupais les ongles, les limais, en fait j'étais devenu sa manucure exclusive.

Ces rencontres régulières me permettaient de voir son état de forme. Jusqu'à quatre-vingt dix ans il grimpait les trois étages qui menaient à son appartement  d'une traite avalant les marches deux à deux. Peu après il les grimpait une à une et ces derniers mois je lui demandais de faire une pose à chaque palier. Souvent je me disais qu'il était temps que j'aille faire les courses seul. Mais cela me chagrinait de le voir dans l'attente de notre départ tel un enfant impatient, alors je prenais le risque de l'emmener craignant à tout moment qu'il ne fasse un malaise. Avant notre départ  je m'assurais qu'il boive et qu'il prenne sa réserve de sucre en croquant deux carrés de chocolat, sa friandise quotidienne, en plus des dragées dont il raffolait.

Dans tous mes billets précédents quand j'évoquais mes souvenirs je ne vous avais pas encore parlé de papa. Voila c'est fait. Voici l'homme simple, pétri de certitudes qui n'étaient pas les miennes  mais qui savait être tolérant et qui ne disait jamais du mal des autres et que j'aimais .

Ses derniers jours  à l'hôpital lui furent pénibles , il avait toute sa lucidité et même des pointes d'humour, trouvant parfois  la force de rire de ses misères.
 La veille de sa mort, on lui fit une ponction des poumons afin de le libérer du liquide qui l'encombrait. Je le trouvai en meilleure forme il respirait mieux, mais le moral n'était plus au rendez-vous. Il me dit clairement qu'il en avait marre. J'essayai de lui donner à manger, pour me faire plaisir il avala quatre cuillerées de soupe protéinée et deux cuillerées de crème sucrée , il accepta un dernier carré de chocolat.
 Le soir ma soeur Josiane n'eut pas plus de succès. Depuis la veille j'avais le sentiment qu'il s'en remettait à son Dieu qu'il priait tous les jours.
Le lendemain la gériatre du service qui l'avait suivi avec dévouement m'annonça à midi trente, peu avant l'heure des visites que son coeur avait lâché.

Je regrette de ne pas lui avoir dit que je l'aimais avant qu'il s'en aille.


samedi 5 novembre 2016

Grenadier


Dans mes billets du 22 octobre 2012 et du 1er novembre 2013, je vous avais entretenu de mes plantations de graines d'un grenade importée d'Espagne. Un jeune plant après un an passé en pot a été mis en pleine terre, et je désespérais de le voir produire alors qu'il n'arrêtait pas de fleurir, mais ce matin au bout de quatre ans, je découvre qu'il fait ses premiers fruits.

Une surprise et une grande joie. Pour vous la faire partager je vous mets des photos de cette première fructification.



Et je vous dis

a an lot soley !
à un autre soleil !

dimanche 31 juillet 2016

Assiette anglaise


Aujourd'hui samedi la météo a annoncé une onde tropicale pour le week-end , et nous avons droit à une succession de grains et même à un peu d'orage. Pas question de faire quoi que ce soit dans le jardin, de plus nous venons d'assurer la garde ce Clara pendant la semaine écoulée. Après le passage de cette petite boule d'énergie de deux ans qui nécessite une attention de tous les instants, nous avons décidé, le temps pluvieux aidant, de faire relâche et surtout de ne pas remuer les casseroles.

Après un rapide tour d'horizon dans le frigo, une réunion de l'état-major composée de ma femme et moi même, il fut décidé de faire une salade avec un reste de poulet froid, du poivron jaune, une échalote, des tomates cerise et une petite boite de petit pois. Elle fut servie avec une vinaigrette épicée à laquelle la cuisinière en chef ajouta deux cuillerées de mayonnaise.


Après un petit punch de réconfort pour faire face au mauvais temps, dès la première bouchée, le gout de la mayonnaise, mélangé au fondant des petits pois et la consistance du poulet froid, déclencha un flash : je revis les assiettes anglaises que préparaient mes parents lorsqu'ils organisaient des surprises- parties du temps de leur jeunesse.

Organiser ces petites fêtes entre amis n'était pas une mince affaire. D'abord il fallait mettre en place une logistique pour inviter les amis, pas de téléphones portables, peu de fixes et surtout tout le monde n'était pas motorisé comme maintenant. Une fois cela fait, il y avait les incontournables préparations: le planteur, les amuses gueules et surtout les assiettes anglaises

Le planteur est un cocktail qui demande à celui qui le prépare des papilles bien affutées afin que l'équilibre des ingrédients soit parfait et que tout le monde s'extasie à sa dégustation.  Le rhum vieux, le jus de goyave coupé de jus d'ananas, le sirop de grenadine pour la couleur, la pointe de muscade pour les puristes et surtout l'indispensable trait d'angostura sans lequel il n'y a pas de bon planteur, sont les composants de ce fameux cocktail qui fait partie de notre art de vivre. Une fois réalisé, de nombreux gouteurs se présentaient pour vérifier que le maitre de cérémonie avait bien oeuvré. Celui ci trouvait qu'il n'y avait pas assez de rhum, un autre qu'il était trop sucré , ou pas assez parfumé , enfin cela donnait lieu à des échanges où les moqueries fusaient dans la bonne humeur jusqu'à ce que le consensus se fasse sur le juste équilibre des saveurs.

Les deux autres incontournables, c'est à dire les amuses-gueules et les assiettes anglaises relevaient de la compétence féminine. 
Les amuse-gueules  était des petites buchettes de feuilles de cocotier sur lesquelles étaient enfilé un assortiment de saucisson, de cubes de gruyère, d'olives ou de petits oignons au vinaigre. Ces petites brochettes étaient fichées sur des chadecs, variété de gros pamplemousse, et ils formaient comme de gros hérissons. Les enfants étaient autorisés à mettre la main à la pâte pour ces réalisations. Je me souviens des conseils et de la surveillance de ma mère qui présidait aux préparatifs quand ma soeur et moi âgés environ de six et huit ans insistions pour y participer.

La plus grosse entreprise était  de préparer les fameuses assiettes anglaises. Ce n'était rien de raffiné mais un en-cas pour sustenter les fêtards sur le coup des deux heures du mat. Elle était composée d'une macédoine de légumes assaisonnée à la mayonnaise et d'un morceau de poulet froid accompagné d'un morceau de pain pour les plus affamés.

Une fois tout cela fait on pouvait préparer la pièce en passant du savon de Marseille sec sur le carrelage afin que les danseurs puissent mieux glisser dans leurs déplacements.

La musique était assurée par un tourne disques asthmatique , chacun apportant ses 33tours, qui de biguine, de mazurka, de bolero ou des derniers mérengués à la mode. Enfin il était demandé aux garçons d'apporter une bouteille de mousseux  qui était généralement servi au moment de l'assiette anglaise, ou avec les gâteaux amenés par les compagnes. 

 Je ne me lassais pas d'observer, parfois en piquant du nez, tous ces adultes s'amuser souvent bruyamment dans une ambiance de joie et de bonne humeur, enfin c'est le souvenir que j'en garde.

Dans l'attente du prochain billet, je vous dis

a an lot soley !

à un autre soleil !