vendredi 4 avril 2014

La campagne 2014 à La FAVORITE




Je vous ai déjà entretenu de la récolte de la canne à sucre, et des derniers coupeurs de canne. Aussi aujourd'hui je vous parlerai de la transformation de la canne et de son jus en rhum grâce à un reportage sur l'une des dernières distilleries familiales de la Martinique.

Toutes les distilleries et marques de rhum appartiennent à ce jour  à de grands groupes à l'exception de deux irréductibles, NEISSON et La FAVORITE.
Le rhum La Favorite est produit dans une petite unité à deux pas de Fort de France. Il faut la chercher pour la trouver au fond d'une coulée verdoyante au pied du centre  hospitalier universitaire de la Martinique. Le premier contact se fait par un grand hangar couvert de tôles où sont logés les services administratif, commerciaux et la boutique qui mériterait d'être mieux mise en valeur. Là aussi se fait la finition des bouteilles emblématiques de la marque et qui font sa renommée, les cuvées La Flibuste et Privilège, deux nectars ronds, soyeux, aux notes d'épices, de cannelle et de pruneaux.
La première personne que j'ai rencontrée collait tranquillement, à la main une à une les étiquettes de ces rhums merveilleux que j'ai découverts bien tardivement, mais peut-être faut-il être prêt pour apprécier les très vieux  rhums de la Martinique. Cette personne a aussi pour tâche de cacheter à la cire noire les précieux flacons. Cette pratique artisanale me parait tout à fait en harmonie avec la très longue maturation de ces très vieux rhums qui peuvent rester en vieillissement trente cinq ans.


Une à une les bouteilles sont méticuleusement étiquetées.

Avant de tremper le goulot de la bouteille dans la cire, celle ci est chauffée sur un camping gaz.



A cette occasion j'ai découvert que cette année, le millésime de la cuvée La Flibuste passait de 1983 à 1984.
Après ce premier contact, je me suis rendu à la distillerie, à l'usine comme on a l'habitude de le dire couramment  ici.
Cette petite unité produit chaque année environ 600 000 litres. Pour cela elle broie la  canne des 60 ha de La Favorite, ce qui représente 60% de leurs besoins, le reste étant fourni par de petits planteurs. Durant la campagne, les effectifs, coupeurs de canne compris, ne dépassent pas les trente six personnes. Comme le dit lui même Paul Dormoy , le maître des lieux, ils ne seront jamais Bacardi. Son objectif est de produire le meilleur rhum, et de le faire vieillir avec le plus grand soin. Cet objectif de qualité porte ses fruits, car à l'instar des rhums de Martinique les résultats à l'export sont bien présents, et les ventes en Europe , en Amérique du Nord et au Japon progressent.

Un autre produit d'excellence
Voici quelques images d'un lieu qui fit remonter des souvenirs d'enfance quand à la fin des années cinquante et début soixante, l'usine St James, située sur les hauteurs de St Pierre, que dirigeait mon grand-père, était souvent un terrain de jeu lorsque je n'étais pas à l'école. A l'époque, la sécurité et la peur du risque n'obnubilaient pas les adultes et j'avais le sentiment de jouir d'une grande liberté.

Nous voyons là , la grande roue d'inertie de la machine à vapeur, qui grâce a à un jeu de pignons réducteurs va transmettre sa puissance pour broyer la canne et entrainer tout le système d'approvisionnement en canne et l'évacuation de la bagasse.
Les broyeurs



La bagasse, résidu du broyage, est transportée vers le générateur de vapeur où elle  brûlera et produira la vapeur pour la pièce essentielle qu'est la machine à vapeur et pour le chauffage des colonnes à distiller. Cette petite unité de production est quasiment autonome , elle n'a besoin de l'énergie de secteur, que pour quelques petits moteurs électriques d'appoint, les tableaux électriques de sécurité et l'éclairage.



Le jus de canne, le vesou, fermente dans de grandes cuves. Je me rappelle enfant m'amusant à crever du doigt les grosses bulles qui se formaient à la surface.



Une des deux colonnes à distiller.
Au sortir des colonnes le rhum, entre 70 et 72°, coule en un flot continu, il me souvient de m'être quasiment lavé les mains dans ce rhum tout chaud et qui sentait bon. Ce rhum blanc de la campagne 2014 sera mis en bouteille en 2015 réduit à 50 et 55°. Pour la partie qui sera mise en vieillissement si nous avons la chance d'être encore en vie, nous pourrons la déguster dans sa cuvée Privilège dans trente six ans!
Je vous ai dit que cette visite avait fait remonter un flot de souvenirs. Mais une chose était absente, l'odeur forte qui imprégnait les lieux de mon terrain de jeu. D'abord les odeurs du parc à mulets qui servaient au transport de la canne, et ensuite l'odeur nauséabonde de la vinasse qui était rejetée directement dans la petite rivière qui coulait au pied de l'usine. Aujourd'hui, ces odeurs ont disparu de La Favorite car, bien sur il n'y a plus de mulets et surtout les vinasses, conformément aux règlements européens, sont traitées dans des bassins de rétention.
Si ce billet vous a intéressé je vous recommande vivement la visite des lieux qui est gratuite, vous rappelant que la campagne dure jusqu'au cinq juillet.

Les champs de canne de La Favorite, pressés par l'urbanisation galoppante.


Et bien sur je vous dis

a an lot soley !
à un autre soleil !

Aucun commentaire:

Publier un commentaire