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samedi 30 mai 2015

Le zamana de l'Habitation Céron, un autre arbre remarquable !


Aujourd'hui je vous emmène à l'Habitation Céron.
C'est une des plus anciennes exploitations sucrières de la Martinique, elle été créée en 1658. Mais on y cultiva également du cacao et du manioc. Elle est située tout au nord  de l'ile sur la côte Caraïbe, tout au bout de la départementale qui traverse la commune du Prêcheur. Là on arrive à l'anse Céron et sa plage de sable noir. L'habitation se trouve en retrait de cette plage et au milieu y coule une petite rivière qui dévale des flancs de la Montagne Pelée.

L'actuel propriétaire a transformé le lieu en un site touristique comprenant un parc , les ruines de la sucrerie en cours de réhabilitation, et un restaurant où on sert une nourriture créole traditionnelle.

Le plus important est le remarquable zamana de deux cents cinquante ans qui est le coeur du parc.

Vue générale sur les ruines de la sucrerie qui, en attente de travaux de réhabilitation et de sécurisation, est fermée au public. Au second plan la maison des propriétaires.



Après être passé devant les ruines de la sucrerie, on prend le sentier qui fait le tour du parc, et on tombe aussitôt sur le zamana. Cet arbre fut introduit dans la colonie par les planteurs de cacao. En effet c'est un arbre qui se développe assez rapidement et forme une immense ombrelle. Cette ombrelle protège les cacaoyers, qui sont de petits arbres, des ardeurs du soleil, mais lorsqu'il pleut le feuilles du zamana se referment et laissent passer la pluie et les cacaoyers en profitent, aussi a-t-il été nommé également "arbre à pluie". 
 Celui du Céron âgé de deux cents cinquante ans, couvre une superficie évaluée à cinq mille mètres carrés et n'abrite plus de cacaoyers depuis bien longtemps. Il a été classé arbre remarquable par l'Office national des forêts( ONF).
Il a survécu à tous les cyclones et à l'éruption de la Montagne Pelée en 1902, un vrai rescapé.


Ces photos ont été prises au plus fort de la période sèche qui a été très dure cette année, aussi il n'est pas très feuillu, mais dès le retour des pluies à la fin mai son feuillage s'épaissira rapidement. 

Dans le parc il n'est pas seul et a des congénères un peu plus jeunes.


 Mais les zamanas ne sont pas les seuls arbres remarquables du site. Il y en a bien d'autres comme cet énorme fromager dont le tronc est recouvert de lianes et plantes grimpantes.


Fort de cette diversité, les propriétaires attendent de l'ONF que tout le parc soit classé en jardin remarquable.
L'eau est très présente également, car elle était indispensable à la vie de l'habitation et son activité sucrière.

Une prise très en amont de la rivière amenait l'eau  grâce à un canal en maçonnerie, pour les usages domestiques et industriels; ce type d'ouvrage est commun à bien des sites d'exploitation  de l'ancienne colonie.
Après avoir déjeuné sur place, et s'être promené  dans le parc en famille, on peut se rafraichir en se trempant les pieds dans la rivière qui n'est pas polluée par l'agriculture ou l'habitat humain. Les jeunes enfants plus hardis s'y baignent. 




Je vous souhaite de découvrir les lieux et son arbre remarquable et vous dis

a an lot soley !
a un autre soleil !

mardi 5 mai 2015

Le fromager de Saint -Pierre



Le fromager dont je vous parle aujourd'hui est un arbre remarquable perché sur les hauteurs de Saint-Pierre. Il domine la ville et la baie.
 C'est un kapokier, arbre originaire de l'Asie du Sud-est, devenu endémique à la Martinique. 

Cet arbre immense fait partie de mon paysage depuis ma prime enfance à Saint-Pierre, il doit être plus que centenaire.
Si je vous présente cet arbre, c'est qu'il a pour nous Pierrotains une histoire mythique, révélant nos croyances les plus sourdes.
 En effet la légende locale raconte qu'un trésor serait enfoui au pied de cet arbre: une jarre en terre cuite remplie de pièces d'or. Celui qui l'aurait enterré, aurait passé un pacte avec le diable, et pour le retrouver il faudrait sacrifier à ce dernier un enfant. D'ailleurs une vieille chanson du répertoire traditionnel du carnaval, se fait l'écho de ces pactes diaboliques " Diab' la ka mandé an ti manmaïe ......"  ainsi que bien d'autres titres anciens.

C'est une de ces histoires qui ont hanté mon enfance. Nous les tenions des adultes et nous les reprenions et les amplifions dans nos discussions enfantines. Nous nous faisions peur avec ces choses que nous n'avions jamais vues, mais qui pour nous devaient relever du réel.
Nous nous repaissions de diables et de diablesses, de sorts jetés, de sorciers et de quimboiseurs. C'est à qui raconterait l' histoire de cet homme engagé avec le diable, ce qui lui permettait de se défaire de sa peau et de se transformer à minuit en cheval à trois pattes, jamais vu, mais qu'on entendait galoper dans la nuit. Tout cela nourrissait notre imaginaire . Cet aspect de notre culture est tenace, et il ne s'expose pas au plein jour.

De nombreux martiniquais, monsieur et madame tout le monde, des élites culturelles, politiques, sportives, quand ils sont en confiance, et qu'on les pousse dans  leurs retranchements, avouent y croire et avouent même avoir eu recours à des "séanciers" (des bons sorciers) pour se désenvouter et se libérer d'un sort jeté, ou se protéger d'avance.
Quand craque le vernis de l'éducation, quand s'ouvre la cage rationnelle de notre esprit éduqué, cultivé, les peurs enfantines peuvent remonter chez certains.

Nos petits enfants, urbanisés, "réseautés", facebookés, informatisés, mondialisés, sont ils sensibles encore à cet imaginaire? 


En cette période de l'année, il n'a pas de feuilles et il est couvert de kapok, qui sont des graines entourées de fins filaments formant de gros flocons duveteux s'envolant à la moindre brise. Une fois qu'il aura reverdi, il n'en sera que plus majestueux.


Les flocons au sol forment un tapis léger,  d'aspect laineux


Encore aujourd'hui, et malgré la rambarde, il semble pouvoir s'animer et saisir le passant dans ses bras puissants..

Le tronc déformé et boursouflé par  les blessures du climat et les outrages des années.

Autrefois la vue vers la Montagne Pelée était vierge de tout habitat. L'isolement du lieu  contribuait à sa magie et au sentiment de crainte qu'il nous inspirait à la tombée de la nuit.   


Dernière vue sur la baie.

J'espère avoir suscité votre intérêt et vous dis

a an lot soley !
à un autre soleil !