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vendredi 13 mars 2015

La Distillerie NEISSON


Quand vous arrivez de Fort de France et que vous prenez la dernière descente qui débouche sur le Carbet, les premières touches de couleur que vous voyez, sont les bâtiments multicolores de la distillerie Neisson.



Les arbres cuivrés sur la droite de l'image sont des gommiers, complètement dénudés en cette période de l'année ils sont magnifiques et participent au charme du lieu.


Cela fait longtemps que je voulais faire un billet sur la distillerie Neisson. Mais j'ai  attendu la nouvelle campagne de récolte de la canne pour cela. 

Cette distillerie fait partie du paysage de mon enfance et je ne peux résister au plaisir d'évoquer les souvenirs qui y sont rattachés.
 Située au Carbet à un jet de pierre de la route nationale, dite du littoral, je ne pouvais  manquer de la voir au milieu des champs de canne, quand de Saint Pierre où j'habitais, il fallait se rendre à Fort de France. Aller retour que j'effectuais en taxi-pays chaque week-end, quand j'ai intégré l'internat du lycée Schoelcher à mon entrée en sixième.

 Les Neisson étaient connus comme des commerçants ayant pignon sur rue en Martinique. Ils avaient des établissements à Saint-Pierre, au Carbet et à Fort de France.
J'ai vécu pendant toute mon enfance, à trois maisons du magasin de Saint Pierre à la rue Victor Hugo.
C'est dans mon souvenir, un grand bazar où on trouvait de tout, des tissus, de la verrerie, des bassines émaillées, de l'eau de Cologne au détail, et bien d'autres choses dont je ne saurais vous faire l'inventaire, mais surtout il y avait des billes. Tous mes camarades jouaient aux billes, car bien sur nous n'avions ni télé, ni ordinateurs, ni jeux électroniques et encore moins de smartphones. Le magasin Neisson était mon fournisseur attitré de billes. Elles étaient stockées dans de grands bocaux de verre et étaient vendues à l'unité. Il y avait d'abord le bocal des grosses billes, que nous appelions des "boloïs", puis celui des billes normales que nous appelions des "kristals" et qui étaient celles avec lesquelles nous jouions le plus couramment. Le troisième bocal était celui des petites billes qui n'avaient pas de nom, enfin les "mab'" qui étaient des billes de marbre avec des incrustations bleues ou roses. Pour finir il y avait les "canics" qui étaient des billes de terre cuite colorée. Honte à celui qui n'avait dans sa poche de son short que des canics, car il devenait la risée de tous.
" Ga missié, sé sa ou ni! soti la!".
 Il était le plus souvent écarté de la partie.

Mais revenons à notre distillerie qui fut créée en 1932 par les frères Neisson et qui est une des dernières distilleries familiales de la Martinique.
 Claudine Neisson qui pilote cette petite unité depuis une vingtaine d'année, en a fait un joyau de la production locale. Le rhum blanc Neisson semble le plus apprécié des martiniquais qui l'ont surnommé avec affection ZEPOL KARE (épaules carrées), à cause de sa bouteille caractéristique datant de 1952.


La distillerie est implantée au milieu des hectares de canne du domaine de la THIEUBERT et je vous invite à la visiter.

L'entrée du domaine.


Livraison de la canne fraichement récoltée à la distillerie pour broyage.


La petite machine à vapeur , suffisante pour broyer la canne.

Le jus de canne, appelé vesou, est transféré dans de grandes cuves en inox ou il est mis à fermenter . Cette fermentation produira un vin qui sera distillé pour donner le rhum agricole.

Cuve en fermentation.

La colonne à distiller en cuivre, datant de 1952. Il en sort un rhum de 73° qui sera stocké dans des cuves en acier inox, pour donner après traitement et réduction , la variété des rhums blancs Neisson.

Vue sur les chais où sont élevés les rhums mis en vieillissement dans des fûts de chêne.

Suprême raffinement, grand fût  sculpté a l'emblème du domaine.
Le laboratoire de dégustation.
A la fin de la visite vous pourrez vous rendre à la boutique où vous  gouterez aux différents crus avant achat de ceux qui vous aurons le plus charmé.
 Quant à moi j'ai rendez-vous avec avec Grégory Vernant, maître distillateur, petit fils du créateur, pour  la coupe manuelle des hectares de la Thieubert et à cette occasion il m'entretiendra des variétés culturales, de la sélection des souches de levures sélectionnées pour la fermentation du vesou, et du soin attentif qu'il porte à la distillation dans l'objectif de produire un rhum d'une grande personnalité.



Je vous laisse donc en attente du prochain volet et vous dis comme à l'accoutumée

a an lot soley !
à un autre soleil !

jeudi 24 juillet 2014

Vive les vacances


Les activités liées aux vacances, n'ont pas inspiré Persil et Oignons-pays. Mais je ne vous laisse pas tomber pour autant.
Pour vous occuper je vous propose un document de l'INA. Il s'agit d'un film muet de 1936 sur la canne et le rhum en Martinique. En plus de son caractère historique, il constitue également un document sociologique sur la société coloniale de l'époque. Je vous laisse en apprécier le contenu.

http://www.ina.fr/video/VDD10045518

Bonne lecture et

a an lot soley !
à un autre soleil!

vendredi 16 mai 2014

La Rhumerie G. HARDY



Du temps de mon enfance, tout bon travailleur agricole ne dédaignait pas un bon coup de rhum pour se réconforter après une dure journée de travail. Ma grand mère à l'occasion en servait à ceux qui venaient lui donner un coup de main au jardin , ou pour  tuer le cochon pour noël. Elle servait une bonne rasade de rhum sec sans sucre et sans citron dans une timbale en aluminium. La timbale était vidée d'un coup, et son contenu gardé en bouche pendant qu'elle remplissait à nouveau la timbale d'eau fraiche. Une fois la rasade bue d'une traite, l'eau servait à éteindre le feu du gosier causé par le brusque apport d'une grande quantité d'alcool. Un tel coup de rhum équivalait à trois ou quatre punchs  d'aujourd'hui. Je ne vous recommande pas d'essayer.

Si je vous parle de récolte de canne, de rhum et de distillerie c'est que ces souvenirs sont intimement liés  à l'activité agricole et remontent avec ma petite activité potagère et la tenue de ce blog. Aussi ai je décidé de vous faire découvrir tout ce pan de notre culture. Après La Favorite et St James nous allons partir à la découverte de la rhumerie la plus confidentielle de la Martinique : la RHUMERIE TARTANE.


Il s'agit d'une très ancienne distillerie où fut installée la première machine à vapeur en 1880, et qui appartient à la famille Hardy depuis 1905. Tout au début la canne était broyée par un moulin à vent dont les ruines sont encore debout. Là était produit le rhum Hardy jusqu' en 1996.

Juste au dessus de la distillerie se dressent les restes de la tour du moulin à vent d'origine.  Avant la machine à vapeur, l'énergie était fournie par les bêtes, le vent, l'eau, la sueur et le sang des esclaves. Rappelons que l'esclavage qui a formaté notre culture, intimement lié à la colonisation du nouveau monde, et à l'histoire de la canne à sucre donc du rhum, n'a été définitivement aboli par la France qu' en 1848, malgré l'abolition proclamée le 4 février 1794 par la Convention nationale.
Dans cette tour la famille Hardy avait , il y a près de quatre-vingt ans installé un petit oratorio à la vierge Marie . Mais en 2007 un cyclone a  fait voler en éclat la statue de la vierge et les ex-votos. Depuis il est en attente d'une nouvelle statue pour sa rénovation.

Je me souviens d'avoir découvert ce rhum et la distillerie dans les années quatre vingt, lorsque je pris mes fonctions de directeur des services économiques au Centre hospitalier de Trinité, commune sur le territoire de laquelle est implantée  la dite distillerie, et plus précisément sur la presqu'ile de la Caravelle au lieu-dit Tartane. C'est une distillerie qui a les pieds dans l'eau, et est entourée de quelques hectares de cannes.
Je me souviens du "vieux père" Hardy, assis à l'entrée de la distillerie examinant au microscope le développement de ses levures dans la fermentation du vesou. Homme orchestre, à travers ses lunettes qui n'avaient pas été essuyées depuis longtemps, et du microscope qui avait beaucoup vécu,  il suivait  la transformation du jus de canne, le vesou, en vin alcoolisé, et moi du haut de mon irrévérencieuse jeunesse je me demandais s'il y voyait grand chose. Mais à l'époque je ne me souciais guère du rhum et ne m'imaginais pas qu'un jour je serais assez vieux pour parler du passé et du patrimoine qui disparait. Cette distillerie abandonnée en apparence, ne l'est pas tant qu'il y parait. La colonne à distiller, en cuivre, a été démontée et mise à l'abri des voleurs, et le site faisant l'objet d'un projet de mise en valeur touristique, elle sera remontée quand le projet aboutira.

Voici quelques images des lieux à l'abandon depuis 1996.


Les cuves où fermentait le vesou, c'est à dire le jus de canne.





A la vue de ces images de la machine à vapeur, la bête ne semble qu'endormie  et prête  à se réveiller.

Ce vieux moteur de camion ou de tracteur est couplé à un tour en bois qui entrainait une improbable courroie.



Le foyer ou brulait la bagasse pour chauffer la chaudière.

 La cheminée a été démolie pour éviter tout accident.
Ce squelette de tracteur, tel un mort-vivant, veille à l'entrée de la distillerie.


En effet la distillerie ne fume plus depuis 1996, la production confidentielle ne dégageait pas suffisamment de marge pour la modernisation et faire face aux contraintes de la modernité, comme le traitement des vinasses et des fonds de cuve. Tout cela auparavant était rejeté directement à la mer et causait une pollution insoutenable maintenant.

Aujourd'hui le peu de cannes de la plantation est broyé et distillé à la distillerie St James . Les soixante milles bouteilles produites sont vendues sur place. Dans une petite boutique attenante vous pouvez acheter du rhum Hardy, blanc, paille ou vieux. Si vous n'habitez pas la Martinique vous pouvez toujours passer une commande par courrier.

Les rhums Hardy, blanc, vieux et paille.

Ce rhum est  typé du fait du micro climat sec de la presqu'ile de la Caravelle. Certains ne jurent que par le rhum paille , personnellement ayant gouté au vieux qui titre à 42%,  je l'ai trouvé très doux, parfumé et fleuri, mais je ne vous en dirais pas plus car je ne suis ni oenologue ni gouteur professionnel. Je leur laisse leurs gloses parfois longues, éthérées et dithyrambiques,  où l'amateur moyen se perd, ou en sort complexé car il n'a pas repéré les quinze à vingt notes parfumées et gustatives décrites par ces experts, à chacun son rhumantisme!

jeudi 17 avril 2014

Saint James




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Décidément cette année, le carême est très sec. Le préfet a même pris un arrêté invitant la population à prendre des mesures de restriction dans la consommation de l'eau, les réserves commençant à diminuer. Il est également interdit jusqu'au mois de juin de remplir les piscines, laver les voitures , d'arroser les pelouses. Vous comprendrez que les activités potagères sans eau sont vouées à l'échec, seules sont entretenues mes éternelles plantes aromatiques en pot. Pour compenser je vous ai parlé de la canne à sucre et du rhum, et en attendant des jours plus humides je continue sur ma lancée. Cette sécheresse ne profite qu'à la canne qui est alors très riche en sucre, une aubaine pour tous ceux qui la transforment en sucre de bouche et en alcool.

 Donc dans mon billet du 4 avril je vous avais présenté une des plus petites distilleries de la Martinique. Aujourd'hui je vous parlerai de la plus importante qui aura produit environ quatre millions de litres de rhum à la fin de la récolte de la canne. Pour cela je vous invite à une visite des lieux, la distillerie des rhums Saint James.

A travers la visite de La Favorite ( le 4 avril), vous avez pu voir en photos les différentes étapes de la production du rhum . Pour vous faire une idée plus précise du process qui va de la coupe de la canne à la production du rhum vieux, il y a un très bon petit didactitiel sur le site  des rhums Neisson.
Je ne vous ferai pas non plus un historique des rhums  Saint James. Pour cela il vous suffira d'aller sur leur site.
 L'intérêt de cette visite est que nous avons là un vrai musée du rhum. Dans les jardins sont présentés comme autant d'oeuvres d'art les anciennes presses, chaudières ou machines à vapeur.

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Une machine à vapeur.

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Une presse

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Une chaudière du 19ième siècle

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Alors qu'aujourd'hui, la canne fraichement coupée est transportée par camions ou tracteurs, autrefois sur les grandes exploitations elle était transportée par un petit  réseau de voies ferrées. Ici les wagonnets de canne étaient tractés par une locomotive à vapeur Corpet-Louvet de 1925.

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Mais le plus intéressant est l'impressionnante collection de machines à distiller, alambics et colonnes à distiller .

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Premiers  alambics

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Colonne à distiller.

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Alambic qui a distillé le "Coeur de chauffe" ci-dessous. Aujourd'hui arrivé à bout de souffle, il a sa place au musée.

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Alambic mobile.

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Alambic charentais.

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Colonne à distiller.

Et le rhum me direz vous, nous y arrivons. 

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Non nous ne sommes pas à la prison  d'Alcatraz ou dans un western mais dans le coeur de Saint James protégé par des moyens électroniques les plus sophistiqués. Ici  est gardé un vrai trésor, les millésimes les plus anciens et les plus prestigieux de 1885 à 1976. Vous avez bien lu 1885 !

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Une bouteille de 1976 derrière sa vitre de protection.
  Après cette visite vous pourrez gouter et acheter du rhum blanc, vieux, très vieux ou hors d'âge, pour cela vous serez pris en charge par un personnel aimable, compétent, à votre écoute qui saura vous guider en fonction de vos goûts.

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Ce jour là il y avait nombre de touristes.


Tous les rhums de Martinique tutoient l'excellence, mais chaque producteur a ses spécificités et les produits finaux nous offrent une gamme étendue de saveurs et de parfums. Dans mon prochain billet je vous entretiendrai des spécificités des rhums Saint James après avoir rencontré Marc Sassier l'oenologue responsable de leur production et  élevage .

Au prochain billet pour la suite et je vous dis

à un autre soleil !
a an lot soley !